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Red Dead Redemption et l'histoire mexicaine


Red Dead Redemption a été de l'avis général LE jeu de l'année 2010. Je suis complètement d'accord. Ce jeu de Rockstar, les créateurs du célèbre et polémique Grand Theft Auto, est bien mieux qu'un GTA au Far West. Ce jeu retranscrit l'esprit du Western mieux que pas mal de films, en s'adaptant à notre époque avide d'histoires sombres et réalistes plutôt qu'humoristiques. Un détail qui m'a marqué: dans tous les films de Cow-Boys, on voit toujours la rue centrale poussiéreuse d'une ville faite de baraques de planches, mais.. on ne voit jamais l'autre côté de ces rues. Red Dead vous permet ça, on peut voir les enclos à bétail, les pistes de terre qui partent dans le désert.. Ce détail pour dire qu'en fait, on ne fait pas qu'effleurer la surface de cette époque, on a vraiment le sentiment de se plonger dans une reconstitution historique autant que dans un jeu à certains moments. A tort ou à raison, c'est ce qu'on va voir.

Mais avant toute chose, il faut dire que ce jeu réussit aussi une chose que j'ai toujours espérée voir dans GTA: incarner autre chose qu'un "bad-boy-gangsta-style", pouvoir avoir au moins la possibilité de faire le bien. Et la profondeur du personnage de John Marston, le héros, est très surprenante dans le monde du jeu vidéo.. Il n'est pas caricatural, ne cherche pas forcément à faire le bien, mais quand il le peut, il choisira cette option.. J'aurai du mal à trop en parler sans trahir l'histoire, mais Red Dead est écrit avec beaucoup de réalisme et de sobriété, et même si on peut discuter de points de détails, les personnages retranscrivent bien des archétypes de leur temps.

J'en viens au plus important: le contexte historique du jeu. Et bien, le jeu est très bien documenté. Pour la partie américaine de l'histoire, on ressent une sorte de gêne, même sans bien connaître l'époque, quand on nous raconte que l'action se déroule en 1911. Et bien, cette gêne est justifiée. Il semblerait plutôt que tout se déroule dans les années 1880/ 1890 plutôt qu'à trois ans de la première guerre mondiale. Mais il semble y avoir deux justifications à cela: tout d'abord, cette époque permet d'éviter l'écueil des combats avec les "native americans" de la fin du XIXème siècle, et en plus, parler de 1911 est bien plus intéressant pour la partie "mexicaine" du jeu dont je vais parler juste après.

On leur pardonne l'anachronisme volontaire de vingt ans, parce que ce qu'ils ont fait est quand même génial: il reprennent bien sûr le mythe cliché du "dernier cow boy", mais non seulement ils parlent très bien de cette époque et des enjeux des populations, mais ils montrent aussi une forme de transition vers la vie citadine, moderne et surtout fédérale qu'ont connu les Etats-Unis à ce moment. L'histoire de John Marston l'amène à croiser aussi bien celle de personnages, tous hauts en couleurs, tentant de survivre dans l'ouest sauvage, que celle d'agents du gouvernement se déplaçant dans des automobiles.. Et ce jeu veut montrer que cet homme appartient à une époque révolue, et que le fédéralisme et l'urbanisation sont sur le point de transformer les Etats-Unis. On ressentirait presque une nostalgie pour cette époque dangereuse fondée uniquement sur la subsistance, à la fin du jeu..

L'histoire mexicaine est elle aussi très bien documentée. Dans la partie où Marston passe au Mexique, il se trouve pris entre les paysans qui espèrent un meilleur avenir, et s'appuient sur des révolutionnaires qui veulent renverser le régime, et les agents de l'Etat qui semblent bien corrompus et qui profitent du peuple, mais le jeu parvient comme très souvent à éviter les caricatures. Il permet même des discussions plus justes que celles que nous sommes capables d'avoir en politique dans nos pays, en particulier quand un des agents de l'Etat explique à Marston, qui aurait tendance à suivre les révolutionnaires, que les paysans se font manipuler par des agitateurs qui n'ont pour seul but que de renverser le pouvoir, imparfait mais stable, pour servir leurs propres desseins.. Regardez la vidéo qui suit, surtout à partir de la cinquième minute à peu près.. Et effectivement, ce jeu ne montre jamais les soit-disant héros de la révolution à venir comme des êtres irréprochables, loin de là..



La révolution mexicaine fut la première et la plus longue du XXème siècle (30 ans), mais n'a jamais fait beaucoup de bruit chez nous, probablement à cause de l'impact majeur de la première guerre mondiale, bien sûr.. Elle commencera en 1910, et verra le président Porfirio Diaz au pouvoir depuis 34 ans renversé, car même si cet homme a apporté la stabilité au pays, le peuple est dans la misère pour sa majorité.

Ce sont des hommes comme Zapata et Pancho Villa qui mèneront la révolte pour Madero qui deviendra le nouveau président du Mexique.. Je laisse à chaque joueur le soin de faire le lien avec les personnages du jeu.. Et c'est là que les choses se corsent, comme à chaque fois, puisqu'une fois le pouvoir conquis, les révolutionnaires ne sont pas d'accord sur la marche à suivre.

Madero voudra stabiliser le pays, alors que Zapata refusera de rendre les armes, et c'est là qu'intervient la meilleure anecdote de cette histoire. Madero va tenter de maintenir l'ordre grâce à un général, Huerta, qui sera surnommé la Cucaracha (la cafard). C'est à cette époque, et en hommage à cet accro à la marijuana, qu'a été créée cette merveilleuse chanson, qui dit "La Cucaracha ne peut plus marcher parce qu'elle n'a plus de marijuana". Inutile de préciser que Huerta fera bien entendu assassiner Madero et prendra le pouvoir..

L'histoire continue ainsi pendant longtemps dans ce pauvre pays, mais rien que cette partie montre bien à quel point Red Dead Redemption est bien documenté pour un jeu vidéo, à quel point il fait bien de se situer toujours dans "la zone grise" plutôt que de tomber dans le manichéisme habituel du média, et à quel point il mérite, pour ça comme pour tous ses autres aspects, le titre de Game Of The Year 2010!

Game Of The Year 2010

Final Fantasy VI


Aujourd'hui mon Lou, je vais te parler d'une chose très importante à mes yeux: l'un de mes jeux préférés.. Et pourtant, c'est bizarre, je n'avais jamais réussi à écrire quoi que ce soit dessus. Je ne sais pas pourquoi. C'est pourtant bien le jeu qui m'a le plus marqué. Jamais un jeu ne m'avais autant impliqué, impressionné.. par la totalité de ses aspects. C'est l'un des très rares jeux que je défendrais comme étant plus qu'un simple jeu, comme étant digne d'être étudié au même titre qu'une oeuvre littéraire ou autre.. Si si.

Ce jeu est bien sûr le sixième épisode de la série, sorti sur Super Nintendo en 1994, au Japon et aux USA seulement (connu sous le nom de Final Fantasy III d'ailleurs aux US). Le chef-d'oeuvre de la série. Je sais que les gens qui l'ont découverte avec le sept pensent que c'est le meilleur épisode, mais il est clairement surestimé. J'ai découvert Final Fantasy VI dans un magazine de jeux de l'époque, qui en avait fait un test de six ou huit pages, et lui avait décerné la note 18/20 (je me rappelle même ça!). Je me rappelle les captures d'écran, les couleurs qui m'avaient fasciné, avec entre autres une scène se déroulant dans une ville la nuit, devant une auberge, entre Locke et Celes. Les choix de couleurs dans ce jeu sont plutôt rares me semble-t-il, et ça lui donne une identité marquante..


Je m'étais procuré le jeu en import, pour une somme astronomique à l'époque. Il nécessitait un adaptateur spécial pour y jouer sur une console européenne, mais attention, tous les adaptateurs ne fonctionnaient pas, il a fallu se renseigner pour trouver la marque qui correspondait. Je me rappelle la chaîne de magasins Ultima, au centre ville, je ne sais pas si elle existe encore, mais ils proposaient des jeux en import sous une vitrine qui me faisaient baver d'envie, chose interdite et contrôlée de nos jours (l'import, parce que baver, on a le droit).

J'ai tellement joué à ce jeu.. Plus qu'à aucun autre. C'est le seul jeu que j'ai fini plus d'une demi-douzaine de fois, chose que je ne referai probablement jamais. Il y a trop de jeux de nos jours (et c'est pas possible le temps qu'on a quand on est ado!). Le jeu était en anglais, j'ai dû y jouer avec le dico sur les genoux, littéralement, pour tout comprendre au jeu. Voilà enfin mon secret: c'est comme ça que j'ai appris l'anglais! Si si.

J'ai tellement aimé tous les aspects du jeu. Je suis un fan inconditionnel de ses musiques composées pas Nobuo Uematsu, que j'écoute toujours aujourd'hui. Je les copiais sur cassettes à l'époque, en mettant un micro à côté de la télé, pour pouvoir les écouter la nuit ou en voyage.. Je vous recommande fortement les versions réorchestrées, disponibles sur iTunes, dont Final Fantasy VI: Grand Finale. Je suis admiratif devant le travail de character designer de Y. Amano, qui a réussi à créer des personnages au physique tellement unique, qui correspond tellement à leur personnalité, et qui enrichit l'univers du jeu de tant d'influences, européenne, asiatique, médiévale, industrielle..


Je ne dévoilerai pas le scénario, mais il est un modèle du genre, et croyez-moi, tous les jeux auxquels j'ai joué depuis ont été jugés en fonction de ce jeu. Aucun n'a jamais réussi à l'égaler. Ce scénario n'était pas seulement original pour l'époque, il est surtout incroyablement riche du point de vue de la personnalité des protagonistes, qui n'ont rien de clichés, qui ont tous une histoire complexe. Il est impossible de tout voir du jeu en n'y jouant qu'une fois. Un superbe exemple de son scénario avec une des scènes les plus émouvantes du jeu, celle où l'on découvre la vraie motivation de Locke, le "chasseur de trésors" autoproclamé, qui semble parcourir le monde sans autre but que celui de s'enrichir..

Et j'arrive au point qui a fini de rendre ce jeu culte pour moi. La version US était intentionnellement "buguée" comme tous les jeux à l'époque, pour ne pas être lisible sur une console européenne. Mais le bug ici n'empêchait pas de jouer, il empêchait de voir la fin du jeu, célèbre pour durer vingt minutes. Je n'ai donc pas vu la fin du jeu pendant peût-être dix ans, et c'est encore une raison pour laquelle ce jeu m'a fait rêver longtemps. Il continue d'ailleurs plus de quinze ans après..

Je rejoue au jeu depuis quelques jours sur Console Virtuelle, et je me demande comment les joueurs d'aujourd'hui percevraient le jeu, comment mon fils ou mes neveux percevraient ce jeu. Est-il possible à une personne née après l'apparition des jeux 3D de se plonger dans ce jeu, d'en voir l'intérêt et les réussites, ou semblerait-il complètement dépassé?

A suivre mes impressions au fur et à mesure..

Game of The Year 1994